La Tbourida : une combinaison d'art et de sport traditionnel marocain

10 Janvier 2020 - Arts & Culture
La Tbourida : une combinaison d'art et de sport traditionnel marocain

La Tbourida, également connue sous le nom de « Fantasia », vient du mot Baroud, qui signifie « poudre à canon », d’où son autre appellation de « Jeu de poudre ». Les origines de cette combinaison d'art et de sport équestre traditionnel du Maroc remontent au 15e siècle. La Tbourida se pratiquait notamment dans les régions montagneuses du Moyen-Atlas, de la Haute Moulouya et dans le Centre du royaume chérifien. Perpétuer la pratique de la Tbourida est une manière d'honorer – ou peut-être même d'encenser, aujourd'hui encore – la mémoire des cavaliers arabes et berbères d'antan. Ces hommes étaient connus pour les batailles héroïques auxquelles ils prenaient part. Ils étaient adulés autant qu'ils étaient craints par leurs adversaires.

La Tbourida : vecteur d'interactions sociales

Il s’agit en général du rôle que jouent la plupart des traditions ancestrales marocaines ou du monde arabo-musulman en général. Ainsi la Tbourida des temps modernes revêt-elle encore une dimension spirituelle et religieuse. Cette activité est avant tout un sport folklorique mettant en scène la férocité des guerriers d'autrefois. C'est d'ailleurs cet aspect un peu « barbare » du jeu qui suscite la curiosité des visiteurs.

Si l'appellation de ce jeu peut parfois paraître imprononçable, sa réputation dans le pays chérifien n’est plus à faire. La Tbourida est en effet omniprésente dans de nombreuses festivités marocaines, des moussems aux fêtes agricoles, en passant par les cérémonies familiales ou religieuses.

Les activités équestres, dont notamment la Tbourida, occupent une place importante pendant les moussems, ces festivités à l'occasion desquelles on célèbre généralement un saint ou la période de récolte. Les fêtes sont alors associées à des activités ludiques et commerçantes.

Le public marocain profite de ces réjouissances folkloriques pour assister à des spectacles relatifs à la vitesse, à l’endurance, à la discipline et à la dextérité, auxquels se livrent les cavaliers marocains. Les moussems sont également marqués par l'organisation de foires ou de grands marchés, animés par ailleurs par des chants et danses ancestraux.

Les Barbes et les Arabes, les chevaux de prédilection des cavaliers

La Tbourida reproduit des scènes de guerre particulièrement féroces. Si le physique et l'expérience des cavaliers entrent nécessairement en ligne de compte, la même exigence prévaut aussi pour les chevaux. Lors des Fantasias, les guerriers marocains montent exclusivement des chevaux Barbe, une belle race chevaline d’Afrique du Sud. Ils se hissent également en selle sur des Arabes, des pur-sang arabes, principalement élevés par des Bédouins.

La réputation du cheval Barbe dépasse d'ailleurs la sphère des traditions marocaines. Cette race est connue pour son endurance et sa rapidité. Très prisé donc pour de nombreux sports équestres, le Barbe sait en même temps se montrer docile et calme. Ce sang-froid, l'animal le garde même en plein champ de bataille de Tbourida.

Le cheval Arabe est, lui aussi rustique et puissant. Très présent lors des Fantasias, l'animal est connu pour son intelligence et donc, sa faculté d'adaptation. L'Arabe est par exemple à même d'adapter son allure selon qu'il est monté par un cavalier aguerri ou par un passionné peu expérimenté.

Le déroulement d'un spectacle de Tbourida

Les jeux commencent avec le salut et le maniement d'armes par des cavaliers, une phase appelée Hadda. La Tbourida se poursuit ensuite avec une course au galop qui se finit par un tir fort et synchrone.

Chaque troupe, appelée Sorba, comprend onze à quinze cavaliers. Le chef des troupes, le Mokaddem, se place quant à lui au centre pour assurer la coordination des mouvements des hommes et des chevaux. La piste sur laquelle se déroule le spectacle, le Marak, mesure entre 150 et 200 mètres.

Les hostilités commencent avec le chargement des fusils de la Sorba, sous le commandement du coureur de tête, le M'qaddem, sur environ 200 mètres en ligne droite. À un coup parfaitement synchronisé, les cavaliers tirent leurs vieux mousquets. L'effet d'un seul tir multiplié par dix galvanise autant les participants à la course que le public. Cette explosion sonne le début d'une importante montée d'adrénaline pour ces valeureux guerriers marocains. Avec la fumée qui commence à envahir l'air, ils s'empressent de maîtriser leurs chevaux pour accueillir la nouvelle explosion, applaudis cette fois par une foule en liesse, à la limite comme entrée dans une transe collective.

Des tenues et des accessoires réglementaires pour les cavaliers

La pratique de la Tbourida suit des coutumes qui remontent à une époque lointaine, et auxquelles les Marocains tiennent. Ce respect des vieux us se traduit par la tenue très réglementée des cavaliers. Les hommes portent des caftans simples ou brodés. Ces robes traditionnelles trouvent leur racine dans l'héritage persan introduit en Afrique du Nord par les conquérants arabes. Ces costumes auraient été introduits dans l'Orient musulman au 8e siècle, à une époque où les premiers califes abbassides avaient un faible pour cette mode iranienne.

Les cavaliers portent également un saroual (ou sarouel). Reconnaissable à son entrejambe large et bas, ce vêtement unisexe est porté sur la partie inférieure du corps. Ce pantalon bouffant est, comme le caftan d'origine persane, introduit dans différentes régions du globe – dont notamment le Sahara – via la mythique route de la soie.

À ces tenues exceptionnelles s'ajoutent plusieurs accessoires typiques de la région du Sahara : le selham, une grande cape en laine ; le rezzan, un turban enroulé sur la tête ; le tmagh, des bottes équestres traditionnelles ; le dalil et khayrate, le coran rangé dans un petit sac et le le khenjer, un poignard arabe légendaire contenu dans un fourneau.

Où, quand et comment assister à une Tbourida au Maroc ?

Les spectacles de Tbourida sont le plus souvent organisés à l'occasion des moussems nationaux ou locaux. Ces fêtes agricoles ou religieuses rythment le quotidien de plusieurs localités à l'occasion des semailles, de la moisson ou en l'honneur d'un saint. L’ampleur des manifestations dépend également des moyens dont dispose la communauté organisatrice. Voilà pourquoi il n'est pas toujours simple de faire coïncider son voyage avec une Fantasia. En revanche, les fins connaisseurs du monde arabo-musulman conseillent toujours d’organiser son séjour au Maroc aux alentours du  30 juillet pour être sûr d’assister à ces spectacles traditionnels. Cette date correspond en effet à la fête du trône.

À cette occasion, chaque localité ou région célèbre l'intronisation du roi en organisant des moussems qui sont plus fréquents autour de Rabat, la capitale marocaine. Parmi les autres occasions régulièrement citées se trouvent le moussel de Moulay Abdallah à El Jadida en août, le moussem des Regragas près d'Essaouira durant l'équinoxe de printemps, ou encore le moussem de Moulay Bousselham en juin.

 

 

A propos de l'auteur: Emma Cruz
Depuis mon adolescence, j'ai toujours su faire plaisir à mon entourage avec mes idées surtout les week-ends ou même durant les périodes de vacances. Je préférais m'amuser au lieu de perdre mon temps. Et des plans, il n'en manque pas. Je partage actuellement cette passion pour les loisirs, quel que soit le genre, à tout le monde. À travers mes articles, j'attire l'attention des gens à apprécier mon aide et à leur faire vivre ma passion.
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